Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 15:33

www.corbineau.net.jpg L’immeuble où habitent mes parents a la forme d’un U jouxté et complété par l’U symétrique d’un autre immeuble. À l’intérieur de cette double lettre s’étendent deux cours jumelles qu’un muret surmonté d’un fort grillage sépare...

 

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Par ahnne-et-petel - Publié dans : Fictions
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Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 15:51

 

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L’opinion publique semble aujourd’hui avoir pris la place du glaive de l’Etat : on l’écoute, on la suit, on tremble devant elle, on y obéit enfin. Mais qu’est-ce que l’opinion publique ? Est-elle même quelque chose ? D’où vient-elle ? Quand s’est-elle imposée ?

 

Bertrand Binoche propose dans Religion privée, opinion publique une réponse claire, précise, fort bien documentée à toutes ces questions que la période électorale que nous traversons rend encore plus présentes à notre esprit. « C’est de plus en plus l’opinion qui mène le monde » écrivait déjà Tocqueville. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Le livre de Bertrand Binoche se présente comme une généalogie, au sens nietzschéen de ce terme, du concept d’opinion publique.

 

La thèse du livre est simple à énoncer : l’opinion est devenue publique quand la religion est devenue privée. La démonstration est, on s’en doute, plus complexe. Pour comprendre l’articulation des concepts de religion et d’opinion publique, il faut passer par un troisième terme : le lien social. Longtemps en effet la religion a été présentée comme le ferment indispensable de toute vie en société. Un peuple ne peut vivre uni que s’il vit dans une seule et même foi. Un second culte serait, dans cette perspective, nécessairement un culte de trop car il serait source de conflit. Cette thèse était soutenue par Platon, on la retrouve encore chez Hobbes. C’est une idée qui court de l’Antiquité jusqu’aux guerres de religion où elle montre enfin ses limites. Car c’est avec ces guerres que tout commence ou plutôt que tout commence à changer, à se gâter diront les penseurs réactionnaires.

 

Après avoir exposé les différentes options qui s’offraient aux gens de l’époque pour résoudre le problème religieux, Bertrand Binoche montre comment l’idée de tolérance religieuse a fini, difficilement, par s’imposer. Il semble désormais qu’une société puisse vivre en paix tout en reconnaissant la pluralité des cultes religieux. Cette tolérance religieuse a pourtant un coût que Bertrand Binoche analyse avec beaucoup de finesse. La religion, lorsqu’elle était unique, paraissait essentielle. Elle forçait l’adhésion de tous. La reconnaissance des cultes va au contraire faire basculer le religieux dans « l’inessentiel » de la sphère privée. Si en effet nous sommes libres d’avoir des opinions divergentes, voire franchement opposées dans le cas de l’athéisme, en matière religieuse, c’est parce que la religion n’est plus un facteur essentiel à notre vie en commun. Le lien social cesse d’être religieux.

 

Le problème qui surgit est alors de savoir quelle force va remplacer le lien religieux. C’est dans ce contexte qu’apparaît le concept d’opinion public. Nous sommes au XVIIIe siècle, à l’époque des Lumières qui prennent justement à parti « le public » afin de l’inviter à penser par lui-même : sapere aude !

 

La deuxième partie du livre de Bertrand Binoche est consacrée à la naissance d’abord puis au développement du concept d’opinion publique dont les philosophes mais aussi les politiques parlent beaucoup sans jamais clairement s’entendre sur sa signification exacte. Religion privée, opinion publique prend alors l’allure d’une enquête passionnante. Bertrand Binoche traque les différentes acceptions du concept d’opinion publique dans des textes aussi variés que ceux de Condorcet, Constant, Mme de Staël ou encore Balzac pour n’en citer que quelques uns. Le lecteur voit peu à peu apparaître un concept aux contours souvent mal définis, synonyme tantôt d’émancipation, tantôt d’instrumentalisation, mais qui toujours vise à relier les différentes composantes de la société entre elles. Les multiples opinions privées sont en effet censées se corriger mutuellement par la magie de leur mise en commun sous l’égide de « l’opinion publique ». Progrès des esprits ou tour de prestidigitation ? Le livre de Bertrand Binoche laisse en partie la question ouverte. Mais quelle que soit la réponse, il reste certain que l’opinion publique est bien devenue la nouvelle autorité qui a su supplanter celle de l’Eglise défunte.

 

L’un des intérêts de Religion privée, opinion publique est enfin de nous amener à réfléchir sur le fondement de nos démocraties et sur ce qui nous permet de vivre ensemble dans une paix relative. Nos idées sont notre lien. Nous aimons les partager, les frotter en quelque sorte les unes contre les autres sans que personne en apparence ne vienne nous dicter « d’en haut » ce qu’il convient de penser ou de croire. Cette autonomie de la raison dont nous nous gargarisons et qui constitue notre modernité cache peut-être cependant des forces plus obscures. L’opinion publique ne serait-elle pas en effet devenue une nouvelle forme de religion ? Une société peut-elle se passer de croire ? Telles sont les questions que pose Bertrand Binoche dans les dernières pages de son enquête. On se gardera toutefois de divulguer ici les réponses qu’il esquisse afin de ne pas enlever au lecteur l’envie de lire ce livre réellement passionnant. La philosophie peut aussi entretenir le suspens !

 

Gilles Pétel

Par ahnne-et-petel - Publié dans : Idées
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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 19:28

www.casimages.com.jpgLes éditions de Minuit republient dans leur collection de poche le cinquième roman de Christian Gailly, Les Fleurs. Le texte est suivi d’un article paru dans L’Humanité au moment de la sortie de l’ouvrage. L’idée est sans doute de bien expliquer au lecteur tout ce qu’il convient d’admirer dans ce qu’il vient de lire, c’est pratique. Surtout qu’il est très bien cet article, il résume très bien le roman, un très bon résumé, si le lecteur par exemple a été distrait ou si tout simplement il n’a pas envie de lire le roman, il peut lire l’article, c’est commode.

 

Gailly lui-même a placé une petite citation de Joyce en exergue pour qu’on comprenne bien qu’en dépit des apparences on n’est pas là seulement pour rigoler. C’est utile. Même s’il apparaît assez nettement que Gailly a mis beaucoup de soin à faire ce livre, c’est un livre bien fait, en tout cas fait, on le voit tout de suite. Il est même assez facile de dresser la liste des procédés de fabrication utilisés :

   l’absence de guillemets (C’est à moi ? Ah bon. Je croyais que monsieur. Elle regarde le monsieur.) ;

   l’utilisation du monologue intérieur (Joyce…) ;

   le grossissement des détails, façon Robbe-Grillet (C’est une cartouche en métal jaune enfermée dans un tube en plastique dur mais peut-être est-ce du verre où sont inscrits dans le sens de la rondeur les mots Waterman, extra-fine sans trait d’union, made in France…) ;

   la dilatation des gestes quotidiens (Il ferme son sac. La fermeture se coince… Nouvel essai.) ;

   la phrase courte ;

   la quasi-absence d’intrigue ;

   l’autoréférence et la mise en abyme (c’est le nom d’un personnage dans un roman de Christian Gailly ; c’est toujours quand j’ai fini d’écrire que me viennent des idées intéressantes).

 

Vous allez me dire et alors, et vous aurez bien raison car, n’ayons pas peur des grandes questions, qu’est-ce que la littérature, réponse, bien sûr : le procédé. Proust la phrase à méandres, Thomas Bernhard la répétition, Céline les trois points…

 

Comment se fait-il alors que dans certains cas ça marche et pas dans d’autres ? Comment se fait-il que Gailly lui-même, deux ans plus tard, avec les mêmes moyens ou à peu près, ait si bien réussi l’admirable Be-Bop ? Dans quels cas le procédé apparaît-il comme un procédé ou au contraire comme une inimitable signature ? La réponse est évidemment différente à chaque fois mais il semble qu’ici Be-Bop nous ouvre une piste. Si la phrase, dans une parfaite homogénéité avec le sujet, y fait l’effet d’un solo de saxophone, c’est peut-être parce que « l’histoire » elle-même, avec ses va-et-vient et ses destins croisés, est musicale, ou du moins le semble. Pour que le procédé n’apparaisse pas comme un élément autonome qu’on aimerait écarter avec agacement (mais pour voir quoi ?), il faudrait, non pas qu’il s’abolisse dans un improbable « contenu », mais que ce dont il parle devienne soi-même forme. Enfin bah je crois, dirait sans doute un personnage de Christian Gailly.

 

« Enfin il y a ce qui se passe (…) entre cette femme et cet homme », écrivait Jean-Claude Lebrun dans L’Humanité. Eh oui, tout le drame est là. Si « ce qui se passe » ne flottait pas, distinct du reste, dans le vaporeux arrière-plan des choses « intensément belles » (Lebrun), le reste, c’est-à-dire tout, n’aurait pas ces airs têtus d’enjolivures : des fleurs, en somme. Lisons plutôt Be-Bop.

 

Pierre Ahnne

 

 

 

 

Par ahnne-et-petel - Publié dans : Notes de lecture
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 19:22

           Pierre Kretz a longtemps exercé à Strasbourg le métier d’avocat, tout en se livrant à d’autres activités théâtrales : jeu, mise en scène, écriture de nombreuses pièces en dialecte alsacien. Ses romans (Quand j’étais petit, j’étais catholique, Le Gardien des âmes, éditions de La Nuée bleue, 2005 et 2009) sont très lus, en français ou en traduction allemande, dans une aire géographique qui part des Vosges et s’étend au-delà du Rhin.

    Le destin d’une région singulière y est prétexte à une réflexion sur la mémoire, l’Histoire, la langue, le rapport de l’individu aux déterminations qu’elles lui imposent. Pierre Kretz aborde ces thèmes sur un ton où l’empathie se mêle curieusement à la distance suscitée par l’art de la phrase et le sens du comique.

 

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     Pierre Kretz nous a fait parvenir cette photo avec la légende suivante :

 « La maison dans laquelle j’écris »

 

Comment en êtes-vous venu à écrire ?

Je suis venu à l’écriture au cours de ce que l'on appelle parfois avec un brin de nostalgie « nos années 70 ». Je faisais partie de cette catégorie d’Alsaciens dialectophones de naissance, devenus de parfaits étudiants francophones, et qui, à partir de 68, s’interrogeaient : que faire de cette valise qu’on trimballait avec soi et qui contenait la langue maternelle ? Cette question interférait bien sûr avec les interrogations de l’époque sur la culture et la mémoire populaires. Elle m’a conduit à une action militante dans le domaine du théâtre dialectal, comme il en existait alors dans d’autres régions de France (je pense au Théâtre de la Carriera en Occitanie). Il existait un répertoire abondant de pièces en alsacien, mais c’étaient des pièces de boulevard, qui ne correspondaient pas du tout à nos préoccupations. Il fallait donc écrire pour créer un théâtre en dialecte qui soit « le reflet du peuple », comme dit Brecht, que nous venions de découvrir.

 

Comment écrivez-vous ?

Le plus souvent, d’abord à la main, puis je reprends sur ordinateur avec des modifications. Ça « me lance ». Je continue alors à l’ordinateur.

J’ai un lieu principal d’écriture qui est la maison que je possède dans les Vosges. Le voisin le plus proche est à un kilomètre. Mais j’écris aussi dans les lieux publics, les salons de thé (nombreux en Alsace, NDLR), les bars…, pourvu que les tables y soient assez grandes pour que je puisse étaler mes papiers, appuyer mes deux coudes, et qu’il n’y ait ni écran ni musique, ce qui hélas devient rare. Quand j’entre dans un tel lieu je sais immédiatement si je vais pouvoir y écrire ou non. Dans le dernier cas je ne vais pas plus loin que le seuil, je ressors tout de suite, en provoquant parfois l’étonnement des consommateurs et des serveurs.

 

Écrire, est-ce pour vous un travail ?

Oui, mais un travail qui me procure beaucoup de plaisir. Un plaisir d’imbécile heureux. Quand je suis content de ce que j’ai écrit, j’éprouve une satisfaction béate à l’idée d’avoir fait « ce que j’avais à faire ». Le lendemain, évidemment, j’ai souvent envie de tout déchirer !

 

Y a-t-il des auteurs dont vous vous sentez proche ?

Souvent les derniers que j’ai lus. Quand j’ai aimé, je peux être sous influence assez longtemps.

Et puis, quand même : Kafka et Proust, bien sûr, et aussi Raymond Carver, Joseph Roth…

 

Vous avez beaucoup écrit pour le théâtre. Cela a-t-il eu une influence sur l’écriture de vos récits ?

Je crois que ça m’a donné une certaine facilité pour les dialogues : quand on écrit pour le théâtre, on entend parler les personnages. Mais avec le théâtre j’avais l’impression qu’il y avait des directions où je ne pouvais pas aller. Le roman, pour moi, c’est la liberté absolue. Aucun autre art à mon avis ne peut aller là où le roman permet d’aller. Ce sentiment de liberté, je l’éprouve et le découvre en écrivant : je me dis souvent « mais oui, n’hésite pas, tu peux y aller… » ! Dans l’écriture théâtrale, les contraintes sont beaucoup plus fortes.

En même temps, mon dernier roman, Le Gardien des âmes, vient d’être adapté au théâtre. Paradoxe.

 

L’Histoire tient une place centrale dans votre œuvre. Elle connaît aussi en ce moment un retour en force dans le domaine romanesque. Pensez-vous que tout roman soit peu ou prou « historique » ?

Le roman est, au minimum, un jalon dans l’Histoire, même si le romancier ne revendique pas cet aspect : on n’échappe pas à l’Histoire, et le roman, comme toutes les œuvres d’art, est le reflet d’une époque.

Mais en ce qui concerne l’Histoire dont je parle, celle de l’Alsace, elle est déjà un roman en soi. Et il est d’autant plus difficile d’y échapper qu’elle recoupe la question de la langue, qui constitue le matériau sur lequel travaille l’écrivain. J’ai longtemps pensé que je ne pouvais pas écrire des romans parce que le français n’était pas ma langue maternelle. Ce sont les exemples de Beckett, de Nabokov, de Ionesco, qui m’ont encouragé, et surtout l’exemple des Antillais, comme Chamoiseau, et des Africains.

 

Vous avez écrit en dialecte, en français, vous intervenez souvent dans le cadre de lectures publiques en Allemagne : êtes-vous un écrivain régional ou européen ?

La question de la régionalité est une question douloureuse. Mon idée est la suivante : j’écris ici, je vis ici, je suis publié ici ; je pratique, pourrait-on dire, une « littérature de proximité ». Cette attitude suscite deux types de réactions : soit on me classe parmi les auteurs régionalistes et plus ou moins folkloriques, soit, voulant me faire ce qu’on imagine être le plus beau des compliments, on me dit « tu devrais publier à Paris ».

Une telle problématique n’existe pas en Allemagne, qui est un pays décentralisé, également dans l’esprit des gens. Mon éditeur allemand est à Tübingen, ça ne m’a pas empêché d’avoir un article dans Die Zeit, qui est le grand journal de Hambourg, à l’autre bout du pays.

Ce questionnement sur l'espace géographique dans lequel mes romans suscitent un intérêt auprès des éditeurs et des lecteurs me préoccupe beaucoup, sans que j'y trouve une réponse satisfaisante pour le moment. La version théâtrale du Gardien des Âmes au Théâtre de la Manufacture en Avignon ce mois de juillet m'aidera peut-être à y voir plus clair...

Pour ce qui est d’être un écrivain européen, disons que le fait d’être traduit en allemand donne à ce que j’écris un certain rayonnement, notamment en Sarre, au pays de Bade et en Suisse allémanique. SWR, qui est un peu l’équivalent de France Culture au pays de Bade, a sollicité mon éditeur pour une adaptation radiophonique du Gardien des âmes (alors que le projet d’une adaptation a été refusé par France Culture). À la radio de Bâle on lit des extraits du roman...

 

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Je viens de terminer un roman dont j’ignore encore le titre (j’aimerais qu’il contienne le mot « dérobé »). En pareil cas je fais lire le texte à différentes personnes de mon entourage. En fonction de leurs réactions, je déciderai de soumettre ou non le texte à un éditeur.

Mais comme, ayant le sentiment d’être arrivé au bout de quelque chose, j’ai senti un grand vide, je me suis précipité dans l’écriture d’un roman policier, dont l’action se situe en Alsace.

 

Propos recueillis par Pierre Ahnne

 

 

 

Par ahnne-et-petel - Publié dans : Entretiens
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Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 22:56

 

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Qui doit gouverner ? La question est plus que jamais d’actualité entre ces deux tours de l’élection présidentielle. La réponse que nous connaîtrons bientôt sera cependant loin de répondre à la question que pose P.H. Tavoillot dans son essai paru chez Grasset en 2011 et sous-titré : « Une brève histoire de l’autorité ».

 

Il faut ici rappeler l’intérêt de la réflexion philosophique en notre époque de trouble. Ce trouble est d’ailleurs d’une double nature. Il tient d’abord à ce que nous ne savons pas au juste, du moins pour beaucoup de nos contemporains, qui doit gouverner. Claude Lefort rappelait ainsi que « la démocratie est le régime du scepticisme ». Notre trouble vient ensuite, et de façon paradoxale, de notre excès d’informations. Nous savons trop en quelque sorte, si on veut bien accepter de déformer quelque peu le sens du verbe savoir. Les médias, la télévision et internet en tête, nous abreuvent d’émissions censées nous éclairer sur le candidat qui va nous gouverner. Force est pourtant de constater que de nombreux candidats se contentent de mots ronflants et de formules fracassantes, quand ils n’agitent pas des fantasmes nauséeux, qui cachent mal leur incompétence face à la crise que nous traversons.

 

L’essai de P.H. Tavoillot devrait permettre au lecteur éclairé de prendre un peu de recul sur la question politique. Après avoir lu ce livre, je crois que nous pouvons mieux juger certains débats ou décider de nous boucher les oreilles devant le chant dangereux de nos modernes sirènes.

 

En un peu plus de 300 pages Pierre Henri Tavoillot s’efforce donc de répondre à la question de savoir qui doit gouverner : le peuple ? le Prince ? un seul ou plusieurs hommes ? l’Etat ? De l’Antiquité grecque à l’époque contemporaine P.H. Tavoillot présente en les résumant avec beaucoup de clarté les grandes réponses qui se sont succédé de Platon à P. Rosanvallon.

 

L’intérêt de l’ouvrage est, me semble-t-il, de mettre en valeur l’horizon de notre modernité : la démocratie libérale. On pourra sans doute reprocher à l’auteur cette prise de position mais elle a du moins le mérite d’être claire et argumentée. Comme le souligne à plusieurs reprises P.H. Tavoillot, nous sommes aujourd’hui tous ou presque persuadés de l’importance de certaines libertés dénommées justement fondamentales, liberté d’expression, de culte, de mouvement, etc. mais nous sommes tout autant persuadés que seul le peuple peut-être le souverain. Il reste, à partir de ces certitudes, de nombreuses options quant à la nature et à la forme du gouvernement. Ces options nourrissent ces doutes dont je parlais plus haut. Doutes à l’égard du pouvoir de la rue, doutes à l’égard du pouvoir judiciaire. Mais ces options peuvent également nourrir de nouvelles certitudes qui sont, comme toutes les certitudes, toujours beaucoup plus dangereuses que les doutes qu’elles prétendent lever.

 

Un autre intérêt de ce livre est de rappeler un certain nombre de distinctions qui aide à penser la vie politique, comme celles qui séparent l’autorité et le pouvoir, le despote et le tyran, la conception française de la nation et la conception allemande ou romantique,  le plebs et  le populus, etc.

 

Le dernier chapitre, intitulé avec esprit « La valse des prétendants », interroge notre époque et passe en revue les différents prétendants au trône : de la rue aux juges en passant par la mondialisation.

 

Qui doit gouverner ? est donc un livre à recommander et à lire en ce moment particulièrement.

 

Gilles Pétel

Par ahnne-et-petel - Publié dans : Idées
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